Nous vivons dans un monde où la vitesse et la performance guident nos actions. Dans cette course effrénée, la question de l’attention devient centrale : en avons-nous réellement le contrôle?

La population reçoit de plus en plus de diagnostics en santé mentale, notamment en lien avec les troubles du déficit de l’attention. Pourtant, quand parlons-nous vraiment de l’attention ? Comment la dirigeons-nous consciemment dans une direction et parvenons-nous à y rester, que ce soit quelques secondes, minutes ou heures ? Ce sujet reste trop peu abordé.

Plus que jamais, nous devons réapprendre à habiter pleinement notre corps. Bien qu’il soit souvent perçu comme secondaire, le corps demeure notre véhicule essentiel : c’est par lui que nous communiquons, assimilons, transformons et éliminons toutes les formes de vie qui circulent en nous. Trop souvent, les disciplines séparent le corps et l’esprit, alors qu’il est difficile d’imaginer une véritable harmonie en les dissociant. Mais comment créer l’unité entre ces deux dimensions sans aborder la question de l’attention ?

Dans une société où la quête du bien-être, des sensations positives et de l’image idéale projetée sur les réseaux sociaux prime, il n’est pas surprenant que nos organes sensoriels soient attirés par ce qui procure un sentiment de satisfaction immédiate. Il n’est pas étonnant non plus que l’ego devienne le moteur principal de nos perceptions. Mais avons-nous vraiment le contrôle de notre attention ? Ou sommes-nous, au contraire, esclaves de nos sens, toujours en quête de stimulations extérieures ou de renforcements issus du passé ?

Il est fréquent d’observer à quel point il est difficile de rester simplement en contact avec sa respiration, de maintenir l’attention tournée vers l’intérieur du corps. Cela peut sembler ennuyeux, car notre esprit, constamment nourri par des stimulations extérieures, recherche sans cesse sa dose de dopamine. Même dans des pratiques comme le yoga, des artifices sont parfois ajoutés — musique, mouvements variés — pour éviter la sensation de monotonie et satisfaire un mental avide d’échapper à l’inconfort du silence et de l’introspection.

Or, le yoga n’est pas une gymnastique où l’on peut vagabonder dans toutes les directions. Son objectif profond est d’orienter l’attention vers un objet de concentration, permettant ainsi à l’esprit de cultiver une attention à la fois dirigée et apaisée. Le yoga propose un véritable entraînement du mental afin d’atteindre Samgati : une unité harmonieuse entre le corps, le souffle, les organes sensoriels et la faculté d’attention.

C’est pourquoi, dans les cours de viniyoga classique, la musique est rarement utilisée. Elle sollicite les organes sensoriels vers l’extérieur, éloignant ainsi l’esprit de cette précieuse attention intérieure que le yoga cherche à développer.

En définitive, reprendre le contrôle de notre attention, c’est réapprendre à habiter notre corps, notre souffle et à observer notre esprit sans fard ni artifice. Une démarche exigeante, certes, mais essentielle pour atteindre une véritable harmonie intérieure.

Laurence Vanier